Friday, August 28, 2020

Bye BIP, Bye Orange (partie 2)

On peut dire que j’ai essayé de favoriser la concurrence sur le marché de la téléphonie mobile à Madagascar en adoptant (en essayant d’adopter) les nouveaux venus comme Bip. Pour moi, le premier constat est qu’il est très difficile de percer ou de déboulonner les opérateurs déjà établis. Le deuxième constat est qu’il n’y pas de réelle concurrence sur le marché, Telma semble l’unique vrai opérateur, les autres ne font que de la figuration.

Dans cette deuxième partie de mon ressenti sur le marché de la téléphonie mobile à Madagascar, je vais essayer d’apporter les raisons de ce que je perçois comme un échec de la bonne concurrence.

1) Les nouveaux venus seront plus facile à adopter si on permet aux clients de garder le même numéro en changeant d’opérateur.
Cela s’appelle la portabilité du numéro. Vous changez d’opérateur : vous gardez le même numéro, les mêmes dix chiffres, aucun changement, ni même celui du préfixe. Pourquoi c’est possible en France et impossible à Madagascar? Vous changez pour Bip et votre numéro reste le même, commençant par 034 ou 033. Par expérience, j’ai constaté que changer son numéro et demander aux gens d’utiliser un nouveau numéro n’est pas pratique. Cela pose tellement de soucis qu’il faudra garder plusieurs numéros ou abandonner l’idée d’avoir un nouveau numéro.
En attendant la mise en place de cette portabilité, les opérateurs devraient s’efforcer de proposer aux clients le choix des 7 derniers numéros afin que le changement de numéro ne se distingue que par un seul chiffre, 039 au lieu de 034 par exemple.

2) Les nouveaux venus n’ont pas leur place si l’Etat laisse faire les tarifs préférentiels sur le numéro appelé.
Le prix d’appel d’un autre opérateur est trois fois plus cher ou quatre fois plus cher que si vous appelez vers le même opérateur. Il est même souvent possible que les appels vers le même opérateur soient gratuits. De même, en cas de bonus offert au client, ceux-ci sont généralement à utiliser exclusivement sur le réseau de son opérateur. C’est une stratégie anti-concurrence qui permet aux opérateurs “historiques” de garder leur avance, voir de creuser l’écart sans effort. Plus de 90% de mes contacts ont des numéros Telma. Même si je dispose d’autres numéros, je préfère utiliser mon numéro Telma pour appeler car cela revient toujours moins cher. Et par force d’habitude, je ne pense même plus à aller créditer mes autres numéros, sauf pour les garder non suspendus. La discrimination sur le numéro appelé doit être interdite par la loi. Si un opérateur propose un tarif de 1 Ar la seconde, cela doit être le même tarif quel que soit l’opérateur appelé. Si un opérateur offre des bonus, cela doit être valide sur tous les opérateurs nationaux.
De même, en parlant de paiement mobile, les opérateurs appliquent un tarif surplus sur celui qui reçoit un paiement quand celui-ci est initié depuis un autre opérateur. Cela force aussi les entrepreneurs à garder plusieurs numéros mobiles pour satisfaire tous les clients, ou, comme moi, de surtaxes les clients d’un opérateur que je considère moins répandu.

3) Etre opérateur n’est pas que fournir de la communication. Si Appel, SMS, et Internet font le must des services d’un opérateur téléphonique, le paiement mobile devient aussi un pilier très important de ces services. Et sur ce point, Telma gardera une avance très précieuse en étant propriété du groupe Axian avec la prestigieuse banque BNI Madagascar. C’est si simple et moins cher de gérer son portefeuille mobile Mvola tout en étant client de la BNI. Je préconise à mes clients qui paient par mobile le service Mvola pour cette raison. Savoir que si j’ai urgemment besoin de liquidités à minuit, je peux aller vers un GAB BNI (ou BFV-SG) et faire un retrait immédiat me rassure. Et par cercle vicieux, le géant Telma ne cesse de grandir, au détriment des autres opérateurs, surtout les tous nouveaux, et finalement au détriment de la concurrence. La solution à cela se trouve entre les concurrents de Telma et les concurrents de la BNI. Mais force est de constater que ces concurrents ne semblent pas pressés de contrecarrer ces avances du groupe Axian.

4) A propos de l’offre internet en particulier, les engagements de 12 mois ou 24 mois sont aussi un frein à la concurrence. L’Etat devrait soit interdire ces pratiques, soit permettre à tout client de changer d’opérateur internet même avant la fin de l’engagement. Dans cette dernière optique, si un client s’est engagé pour 24 mois d’internet à Telma, et qu’il veut changer pour Orange au bout de 5 mois, il devrait pouvoir le faire sans payer aucune indemnité à Telma, et ce client signera pour un engagement de 19 mois (ce qui reste des 24 mois) ou 24 mois à son nouveau fournisseur Orange. Le détail de ce qui devrait être remboursé à l’ancien fournisseur devra se régler entre fournisseurs. (Prix de la box internet, dépense sur l’installation de la fibre, …)

Au final, je suis complice de l’absence de vraie concurrence sur le marché des services mobiles. Les opérateurs concurrents classés comme figurants/outsiders y sont aussi pour quelque chose comme ils ne cherchent pas vraiment à améliorer la concurrence en analysant et en écoutant le besoin des utilisateurs. Et finalement, l’Etat a un grand rôle à jouer pour interdire les pratiques anti-concurrences.

Bye BIP, Bye Orange (partie 1)

Cela fait déjà 4 ans que BIP opère sur la téléphonie mobile à Madagascar. Pour tenter de percer, il a fait des offres plutôt concurrentielles au niveau du prix et de la flexibilité et j’avais plutôt aimé le concept de la même tarification quel que soit l’opérateur à appeler. Un jour, j’avais acheté deux numéros, et le vendeur m’a donné la liste des puces en sa possession et m’a laissé choisir ceux que je souhaite. Par tout hasard, j’avais pu trouver deux numéros qui se ressemblent à un chiffre près, et où il y avait plein du chiffre 9. C’était 03916 99989 pur l’un et 7 à la place du 8 pour l’autre. C’était plaisant d’avoir de tels numéros.

Mais il semble qu’utiliser un énième numéro de téléphone n’est pas si évident que cela. D’abord, mes contacts ne l’utilisent pas, ils préfèrent m’appeler avec mes numéros habituels, par habitude ou parce que c’est plus pratique / moins cher. Et moi, j’avais un souci pour le recharger. Après 4 ans d’existence, BIP ne propose toujours pas de solution de Mobile Money, et cela ne me convient pas d’utiliser les cartes à gratter, ni aller vers un point marchand quand j’ai besoin de crédit, ou même la possibilité d’acheter du crédit Bip par internet ou via les mobile money des autres opérateurs.

Dernièrement, j’ai constaté que l’un de mes deux numéros BIP étaient suspendus. Ce matin, je suis allé chez Blueline pour tenter de le réactiver, non pas parce que ce soit important, mais juste que je voulais garder mes numéros “magiques” avec plein de 9, si possible. L’agent me répond que ce n’est plus possible car il vient d’être attribué. Eh, pas grave, j’ai juste à dire Bye BIP.

Ce même jour, je suis allé dans un shop Orange pour vider mon compte Orange Money. J’ai aussi l’intention d’abandonner mon numéro Orange. J’avais été obligé de l’utiliser pour recevoir des paiements Orange Money de la part de mes clients. Maintenant qu’il ne reste que 800 MGA dans mon compte, je pense à l’abandonner définitivement. Mon insatisfaction avec Orange vient aussi du fait que mon numéro est souvent suspendu, et que pour le réactiver, je suis obligé de payer 2.000 AR en utilisant une carte à gratter. Je pense que si on laisse son numéro se suspendre, c’est qu’il n’est pas non plus utile et qu’il est temps de s’en débarrasser. Donc, dorénavant, je demanderai à mes clients Orange qui veulent payer par Orange Money de faire l’opération vers mon compte Mvola ou Airtel Money, et d’y rajouter un frais inter-opérateur.

Il me reste donc deux numéros, Telma et Airtel. Mon numéro Airtel date du temps de Celtel je pense, ou Zain (ou même Madacom?). Un jour, peu après le lancement de Telma mobile, ils ont proposé le choix des 7 derniers chiffres du numéro de téléphone (à condition que cela soit disponible et que le client dispose de ces 7 derniers numéros chez un autre opérateur). C’est en ce moment que j’ai commencé à utiliser une puce Telma. Mes deux numéros ne se distinguent que par un seul chiffre (033 contre 034). J’étais prêt à payer raisonnablement le choix des sept derniers numéros, mais ni Orange, ni Bip ne l’ont jamais autorisé. Actuellement, je n’utilise presque plus que Telma. Airtel a une durée de validité satisfaisante et propose parfois des bonus surprises très intéressants.

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